Dimanche 26 janvier 1919
[...]
Depuis vendredi où j'ai souffert de la voir avec ce Maigret insupportable, je ne pense qu' à elle, m'obstinant au charme têtu et délicat de son visage, à ses yeux couleur de crépuscule, à
ses longs cils soyeux qui caressent une joue enfantine, à son petit nez aux narines palpitantes, et à la bouche enfin, ravissante, entrouverte sur un sourire couleur de perle qu'elle
offre à tous, la tête renversée, avec un battement de cil voluptueux, une irrévérence de petite fille coquette qui fend le coeur, car elle est si menue, si petite, avec des chevilles si fragiles
que l'on a tout le temps peur qu'elle n'ait de la peine ou du mal. On voudrait la protéger, l'aimer, la défendre. Cependant, dès qu'elle abandonne son exquise politesse et sa puérilité, dès
qu'elle parle de choses qu'elle croit plus sérieuses, c'est elle qui domine au contraire et qui combat. Sa voix très agréable et douce se durcit d'autorité, d'indifférence. On sent qu'elle pense
: "je peux commander, dire ce que je veux, je suis riche et n'ai besoin de personne, car mon notaire me défend."
La façon également dont elle donne sa main à baiser prouve toute son assurance, son égoïsme, sa vanité. Il y a de la dureté en elle, toute une armure sous de la soie, une armure camouflée
d'enfantillage, car elle redevient si petite par instants, si petite qu'on a envie simplement de l'embrasser et de l'appeler ma petite fille chérie.
Ne pas oublier cependant qu'elle a un intérieur de démon, rouge, or et noir, de tout petits divans durs à sa taille où elle s'étend comme une petite reine, trop douce pour ne pas être infernale
et s'abandonner à toutes les voluptés, et qu'il faut se méfier d'elle, de sa grâce trop mièvre, de son changeant sourire, de son autorité suppliante et de sa douceur tyrannique.[...]
Mireille Havet Journal, 1918-1919, éditions claire Paulhan
par sterenn
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une magnifique histoire de peaux, de souffles, de femmes, comme je n'en avais encore jamais lue, que j'étais niaise de ne lire d'histoires d'amour qu'hétérosexuelles... cantonnant
la littéature à n'aborder que certains amours, qu'un certain érotisme. une expérience littéraire extraordinaire, la lecture de "thérèse et isabelle". violette leduc a
transformé chaque sensation en mots, un tour de force tout en subtilité, je suis éblouie. 1955 la première édition. quelle idiote !
extraits dès que je retrouve mon exemplaire..
extrait :
"Les petites lumières dans ma peau convoitèrent les petites lumières dans la peau d'Isabelle, l'air se raréfia. Nous ne pouvions rien sans les météores qui nous entraîneraient dans leur course, qui
nous jetteraient l'une dans l'autre. Nous dépendions des forces irrésistibles. Nous avons perdu conscience mais nous avons opposé notre bloc à la nuit du dortoir. La mort nous rappelait à la vie :
nous sommes entrées dans plusieurs ports. "
par sterenn
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Bonjour mes teneuses de plumes !
Je veux lire des québecoises*, des excellentes auteures québecoises et surtout que vous me donniez envie de les lire, ça sera juste après "Belle du seigneur" de Cohen parce que ça n'a aucun rapport et que c'est comme ça. Cependant, un jour quand je serai grande, j'ouvrirai une librairie à Montréal, peut -être avec l' a -mie et donc je dois lire de la langue québecoise magnifique avant cela, histoire de pas paraître trop demeurée. Conseillez moi ! Lisez de la québecoise ! (francophone, je suis pas assez championne d'anglais pour lire en anglais)
Sinon, je viens de découvrir sur le site d'arte des extraits vidéo d'entretiens de Laure Adler avec Erri de Luca, absolument bouleversants, émouvants : un homme en chaire d'homme, quoi. Alors, vous pouvez vous ruer sur le site "arte", faut cliquer sur l'onglet "art et musique", puis sur "émissions" et "permis de penser" et voilà, tout plein d'extraits d'homme. Par gentillesse, je vous file le lien même si ça restera pas très longtemps. Bouleversez - vous bien.
Bisous.
http://www.arte.tv/fr/art-musique/permis-de-penser/1263186.html
*J'inverse sur ce blog les règles grammaticales : le féminin l'emporte parfois sur le masculin, juste pour changer, pas de quoi vexer le masculin.
par sterenn
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Je découvre qu'il existe des beedies au chocolat, décide de remédier à la desertification avancée de lâche ta plu-plume en jetant ici un petit verre d'eau sur une terre assechée ( l'écran
sous vos yeux), ceci à cause de ma vie de femme extrêmement active (4ème déménagement depuis juin 2006, record de tous les temps) en vous parlant de marguerite. Vous pouvez respirer, je ne
reprousterai plus avant un moment. Je découvre Marguerite à 29 ans, nulle honte. Enfin si, j'avais lu "Moderato cantabile" quand j'étais un bébé (pour le bac) et donc pas un grand souvenir, j'étais
bébé..
Et donc voilà qu'après "La vie matérielle" je m'enfile "Ecrire" et je me dis que c'était une bien grande écrivaine et une femme très seule.
Ce que j'aime par dessus tout : sa pudeur, elle me touche lorsqu'elle parle de choses graves sans jamais se complaire. Ce qui me fait sourire : sa mégalomanie (lorsqu'elle parle d'elle même
à la troisième personne). Ce qui me rend triste : qu'écrire (indissociable de l'être "Marguerite Duras", indissociable de l'alcool, indissociable de la maison) fut autant ce qui
l'aidait à vivre que ce qui la noyait.. L'écriture comme surface de contact avec autrui, comme prison tout autant. Je voudrais et espère me tromper, aimerais que l'écriture ait davantage été ce
qui la guidait. La suite de mes réflexions à ce sujet si jamais je continuais à penser encore un peu.. avant 30 jours, promis !
par sterenn
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Catastrophe, dès que je ne nourris plus plu-plume, vous me faites des infidélités, vous vous éclipsez, vous désertez, vous me confondez avec une vieille plume desséchée. Vous pensez trop vite. Voici de quoi lire, ruminer, ce que vous voudrez.
Je lis actuellement la correspondance de v. and v. J’aime bien les appeler ainsi vita sackville-west et virginia woolf. Ma lettre préférée de virginia est encore peut – être celle du 18 février 1927, (vita est en Perse pour ne pas changer), virginia s’y montre amoureuse, espiègle et crue dans l’anecdote relatée, se fardant de mystère, tristement occupée à des tâches aussi passionnantes que « supprimer des virgules » et les remplacer par des points-virgule. La tonalité est d’une grande légèreté. Vita, à la même période, confie son ennui des dîners diplomatiques, ses randonnées au fin fond de la Perse, sa grande nostalgie de virginia, pense à la solitude comme à une délivrance de la vacuité des mondanités (en vraie intellectuelle…) Je m'attache donc quelque peu aux vi et m'en retourne, moi, telle un v banissant rigoureusement (presque) toute mondanité,ne pouvant randonner ni en Perse ni au Québec (pays exotique choisi au hasard), je m'en retourne disparaître dans le grand livre rose.
par sterenn
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Je mangeais mes carottes crues et oranges (oui) et à ce moment (presque) de bonheur je fus assaillie par une odeur de mégots froids qui traînaient dans le cendrier (lavande) à mon côté. Je ne sais pas comment mais les hommes en gris revinrent en trombe envahir mes pensées carotte, vous savez les hommes qui fument des cigares qui sont des pétales de fleurs qui sont elles même la vie des hommes. Ah!
Momo (Mickaël Ende)... lecture sacrée de mes neuf ans ..... "Le plus beau livre du monde" avais je écrit sur la dernière page, je crois que je suis encore d'accord. Mais bon, ça ne va pas m'empêcher de fumer des pétales de temps à autre.. mais je promets à Momo d'arrêter ... un jour.
Sur ce, pause café.
par sterenn
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Voici ma liste de lectures conseillées et obligatoires sinon je dois me suicider un jour parce qu'on ne peut pas vivre sans :
Ne rajoutez plus rien SVP !!!
(Ce n'est pas du tout une liste exhaustive ce qui accentue les risques de me suicider un jour ! )
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Philo
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romans
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essais
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polars
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SF
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ARISTOTE L’homme de génie et de mélancolie (Luc de Hontes)
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Charles BUKOVSKI L’amour est un chien de l’enfer (allant vers, mélo et jeff)
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Georges BATAILLE L’érotisme (œuvres complètes tome 8)
La littérature et le mal (tome 9) (seb31)
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BUNKER Aucune bête aussi féroce (mat)
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Pierre PELOT Le sourire des crabes (mat)
LU
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Nicolas BOUVIER L’usage du monde (amandine et arno de pcc)
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Barthes (nancy huston , seb31…)
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Dune Frank HERBERT (mat et isa)
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Russell Banks : Sous le règne de Bone", "Affliction", "de beaux lendemain", "Un ange sur le toit", "Continents à la dérive"... (arno pcc)
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Petit traité de toutes vérités sur l’existence de Fred VARGAS (moi)
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Orson Scott Card : La stratégie Ender (rachel)
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M Ndiaye Autoportrait en vert (seb31)
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La nostalgie du possible d’ Antonio TABUCCHI (moi)
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Albert Cohen Mange clous (eric)
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Albert Cohen Belle du seigneur (eric)
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Kundera La lenteur (evan, sam)
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Daniel Odier L’incendie du cœur (evan)
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Philippe Besson Un garçon d’Italie (yo)
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Melville Bartleby
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Bruce BEGOUT L’éblouissement des bords de route (seb)
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Courir avec des ciseaux Burroughs
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Les monologues du vagin (a)
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Witold GOMBROWICZ Ferdydurke (evan)
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Le poisson –scorpoin BOUVIER (moi)
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Léviathan Julien GREEN (moi)
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L’Autre Sommeil Julien GREEN (moi)
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Aujourd’hui Colette FELLOUS (moi) LU
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Si j’étais moi Julien GREEN (moi)
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Dans la dèche à Paris et à Londres Georges ORWELL (sandrine et « le plus grand de tous les livres d’Orwell » pour Henry Miller)
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Sarnia G.B. EDWARDS (sandrine)
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Novecento pianiste de BARICCO (evan) LU
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par sterenn
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J'en étais où de ma lecture ?
p. 51 de l'édition de luxe, extrait :
"[...] la cour - restaurant était tendue d'ampoules de couleur et là, parmi les feuilles tombées, un prestidigitateur en smoking se produisait devant une poignée de paysans distraits et fatigués. Le vent du soir lui coupait son boniment au ras des lèvres et les colombes qui jaillissaient de son gibus n'arrachaient pas un sourire à la compagnie. Comme si ce maigre miracle n'était pas à la mesure de leurs soucis. On attendit qu'il eût terminé pour monter le bagage. Deux lits de fer, papier à fleurs, une cuvette d'émail bleu et par la fenêtre ouverte l'odeur de pierre des montagnes qui tendaient leur échine contre le ciel noir. Attendre l'automne ici . Bon. "
C'était à Prilep, Macédoine et extrait de
L'Usage du Monde de Nicolas Bouvier
par ster
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Portrait d'une dame, extrait
Lundi 21 novembre 1983
17 h. 03 J’ai des ongles très longs, ça m’empêche de dormir.
20 h. 41 Si on était Rimbaud, on comprendrait.
20 h. 42 Je te vois encore mangeant des boules.
20 h. 50 Moi, je suis prête à tout dans ce domaine.
20 h. 54 Je la trouve un peu dogmatique, la dame.
Mardi 22 novembre 1983
20 h. 27 Ils mettent l’accent sur les choses qui ne sont pas importantes.
20 h. 29 Je ne suis pas plus timorée qu’il ne faut.
Jeudi 24 novembre 1983
20 h. 02 J’ai l’impression que le jeune homme apprend.
Vendredi 25 novembre 1983
12 h. 49 Tout ça pour couper une biche.
12 h. 50 La dame a une jupe extrêmement fendue.
12 h. 54 Il n’y a pas l’inventeur du hache-paille aujourd’hui.
13 h. 34 Le ciel ne me dit rien qui vaille.
13 h. 35 Une poussière sur un coq ne pose pas de problème.
19 h. 07 Je suis tombée sur un homme charmant.
Dimanche 27 novembre 1983
13 h. 16 Je te mets en garde contre les petits haricots.
13 h. 55 Plus rien de bon à bouffer.
Lundi 28 novembre 1983
20 h. 15 Trois cent soixante minutes seulement ?
Jeudi 1er décembre 1983
21 h. 19 T’as collé ta vignette ?
Vendredi 2 décembre 1983
13 h. 36 Chaque fois qu’ils m’écrivent, je réponds.
14 h. 01 Je ne sèche que par épuisement.
14 h. 10 Daniel Oster, c’est un peu le reproche qu’on peut lui faire.
14 h. 58 Un jour, tu me feras un trou, si j’ose dire.
18 h. 39 Derrière, il y avait le Zaïre. Tu te souviens, le coup du Zaïre ?
18 h. 43 C’est mortuaire au possible… Je ne peux pas te photographier… J’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’Allemands.
19 h. 47 On se croirait dans un hôpital.
19 h. 50 Je ne sais pas comment on va être demain.
Nicolas Tardy , lu sur :
http://www.sitaudis.com/Auteurs/nicolas-tardy.php
par sterenn
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"je m'approche d'avignon.
j'éteinds ma cigarette avant d'écrire cette phrase.
un week-end sympa, super léger, c'est une aventure. j'endure ces mots aussi. izzprim veut venir à marseille, surtout depuis qu'il sait que zklsjf est là.
les têtes des tournesols adolescents deviennent une traînée jaune avec la vitesse quand je les fixe.
pas d'eau, le ciel est couvert à valence.
à peine couchée je dis :
je suis intouchable. il gigote.
je prends sa main dans un élan et il la caresse bêtement, de façon à ce que je la retire peu de temps après.
tout doit disparaître de mon frigidaire. [...]"
Voilà, c'était la page 82 d'
Adieu les langues de chat de Sabine Macher, la libertine, danseuse et chorégraphe, née en Allemagne, écrivant en français...
Pour changer un peu...
par sterenn
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